Bataille héroïque.

11/11/2010 18:49 par vieux-matou

Enfer et damnation !! J'avais oublié qu'aujourd'hui, c'était férié ! Certes, Monsieur et Junior1 sont partis toute la journée à un tournoi d'échecs (Junior1 est arrivé premier et a eu une belle coupe ; Monsieur, lui, a rarement joué de façon aussi piètre, et ne s'est pas vanté de son classement) ; mais j'ai eu Madame et Junior2 et 3 sur le dos du matin au soir... En plus, Junior3 était d'une humeur exécrable : commence-t-il déjà à s'inquiéter ?
Pour leur échapper, j'ai fait ma Grande Guerre moi aussi. Cela devenait urgent, car depuis plusieurs jours Minou le Terrible, Seigneur du jardin d'en face, lorgnait sur la frontière Sud de mon territoire... Je me méfiais, et j'avais raison. Cet après-midi nous nous sommes retrouvés face-à-face, immobiles. Je me suis raidi et sur mon dos les poils se sont hérissés. Minou le Terrible a pris la parole :
"-- Miaou !"
Après cette insulte en bonne et due forme, l'affrontement a eu lieu. Violemment, nous nous ruons l'un sur l'autre. Minou le Terrible m'arrache à moitié l'oreille d'un coup de griffe ; je le mords à l'épaule. Il me frappe rudement le poitrail ; fou de colère, je lui saute dessus et le fais tomber. Nous roulons tous deux à terre. Nous ne cessons de nous frapper, de nous porter des coups drus et répétés, de nous attaquer avec violence. Le duel dure interminablement.
Tout à coup, Madame est sortie pour mettre les poubelles sur le trottoir, faisant fuir Minou le Pleutre. C'est ainsi que j'ai été proclamé l'héroïque vainqueur de cette bataille par l'assemblée des spectateurs (une foule de moineaux et de mésanges qui nous regardaient, prudemment perchés loin de nous).
Me voilà maintenant allongé sur le canapé du salon, léchant mes blessures et attendant mon écuelle de lait, que Madame ne devrait pas tarder à me servir.

Réunion.

10/11/2010 20:50 par vieux-matou

C'est aujourd'hui qu'avait lieu le fameux rendez-vous avec le chef de service du futur IME de Junior3...
Monsieur, Madame et Junior3 sont partis ensemble, tout émus (pendant ce temps, Junior1 était au ping-pong et Junior2 encore à l'IME). Monsieur avait pris une demi-journée de vacances pour l'occasion.
Ils sont revenus à peu près une heure et demie plus tard. Ils avaient l'air heureux et fatigué. Toute la tension des dernières heures s'était envolée, et ils avaient à peu près l'énergie d'un macaroni cuit. Ils ont été assez peu bavards sur ce qui s'est dit là-bas, mais j'ai cru comprendre que Junior3 ferait son adaptation, très progressivement, pendant tout le mois de décembre, et qu'il intègrerait définitivement l'IME début janvier.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

09/11/2010 12:48 par vieux-matou

A la joie d'hier succède l'inquiétude... Je l'ai deviné à la façon dont Madame me caressait ce matin, la main pleine de tensions et de frémissements...
Oh, je me doute bien de ce qui la tracasse ! Sans doute se demande-t-elle comment son fils, qui n'aime pas modifier ses habitudes, va supporter ce nouveau changement d'IME. En effet, il ne fréquentait l'autre que depuis quelques mois à peine, et venait juste de s'y habituer ! Nous allons certainement avoir une nouvelle fois à la maison une période pleine d'orages et de fracas, et il faudra de nouveau attendre, patiemment, que la tempête se calme... Si seulement il avait eu cette place un peu plus tôt !
Et puis peut-être se fait-elle du souci aussi parce qu'il aura davantage de trajets ; elle craint sans doute, pour lui, la fatigue. "Sera-t-il si bien, dans ce nouvel IME que nous attendons depuis trois ans, se demande-t-elle ? Est-ce qu'il s'entendra avec les éducateurs, est-ce qu'ils le supporteront?" Car il faut bien avouer que Junior3 n'a pas un caractère des plus faciles.
Tout le travail commencé avec l'actuelle institution, et avec le centre de loisirs du mercredi après-midi, aura été fait pour rien. Madame a avoué à Monsieur, ce matin, qu'elle se sentait gênée vis-à-vis de tous ces gens qui s'étaient occupés de son fils, et sans doute attachés à lui.

Une place !!

08/11/2010 16:10 par vieux-matou

J'ai la patte un peu douloureuse aujourd'hui (je fais de l'arthrite : c'est l'âge !) si bien que je ne pensais pas poster de billet, mais là je ne peux pas faire autrement.
Madame est dans tous ses états, car elle vient de recevoir un coup de téléphone du chef de service de Junior2 : Junior3 aurait enfin une place dans son institution !
Madame vient d'appeler plein de gens et d'écrire plein de mails pour annoncer la bonne nouvelle à tout le monde ; là voilà maintenant en train de corriger des copies avec enthousiasme (je sens que, cette fois-ci, les élèves vont tous avoir de bonnes notes et de formidables appréciations).
Monsieur et Madame doivent rencontrer le chef de service mercredi après-midi : ils en sauront plus à ce moment-là.

Le week-end.

07/11/2010 19:42 par vieux-matou

Contrairement à beaucoup de gens, je n'aime pas le week-end.
D'abord, tout le monde se lève une heure plus tard, si bien que je dois attendre pour pouvoir manger.
Ensuite, il y a toujours quelqu'un à la maison, et par conséquent je n'ai aucun moment de tranquillité. Tantôt c'est Junior1 ou Madame qui veulent me câliner, tantôt c'est Monsieur qui, par inadvertance, me marche sur la queue... Les deux plus jeunes ont peur de moi et ne m'ennuient pas trop, mais ils sont bruyants ! Junior3 jacasse toute la journée de sa voix haut perchée, Junior2 gémit et crie... Bref on n'a pas un instant de calme !
Tout ce monde est pourtant bien occupé : le samedi matin Junior1 et Monsieur vont au club d'échecs, et Madame, accompagnée de Junior3, emmène Junior2 à son hebdomadaire séance de relaxation chez la kiné. Le samedi après-midi, Madame va au club d'équitation pendant que Monsieur cuisine avec les enfants ou les emmène à la patinoire. Le dimanche, une fois sur deux, Monsieur et Junior1 sont à un tournoi d'échecs...
Parfois Junior1 est invité chez des amis, ou bien Monsieur et Madame sortent (et dans ce cas-là, je me terre prudemment dans quelqu'une de mes cachettes, car il y a systématiquement une baby-sitter dont l'odeur inconnue vient envahir la maison). Junior2 et Junior3, eux, ne sont jamais invités nulle part.
Mais le pire, c'est quand il y a de la visite ! Dans ce cas-là je prends le large et je vais vadrouiller dans le quartier, car je sais exactement comment cela va se passer : dans la maison pleine et hurlante, puant l'envie de bien faire, la politesse et les bonnes manières, Madame va parler trop fort et va prêter aux enfants des invités les jouets auxquels, à son grand désespoir, Junior2 et Junior3 ne se sont jamais intéressés. Monsieur va faire semblant de s'attendrir. Junior1 va s'ennuyer ferme pour peu qu'il n'y ait personne de son âge (ce qui arrive la plupart du temps car, allez savoir pourquoi, les enfants des visiteurs sont toujours plus jeunes) ; Junior2 et Junior3 vont être montés sur piles toute la journée, si bien que le soir ils vont avoir du mal à s'endormir.
Parfois cependant, seul et unique avantage des invités, lorsque tout le monde a fait bombance à midi il me reste un petit bout du festin : je me souviens encore du jour de la Première Communion de Junior1, où j'avais hérité de trois énormes os de côtes de boeuf à ronger !!

Lecture et écriture.

06/11/2010 20:13 par vieux-matou

Vous vous étonnez peut-être que je sache lire et écrire...
En effet, sans vouloir me vanter, les félins lettrés sont relativement rares.
Sachez que, depuis quelques mois, une maîtresse (madame T.) vient les week-ends et les jours fériés à la maison pour faire travailler Junior2, bénévolement. Madame T. était son institutrice de maternelle il y a quelques années ; comme Junior2 n'a que six heures d'école par semaine et que cela ne suffit pas pour apprendre à lire et à écrire, Madame et Monsieur lui ont fait appel. Junior2 progresse très vite, elle en est déjà au tome deux de sa méthode de lecture !
Seulement, ce que personne n'a remarqué, c'est qu'à chaque leçon, mine de rien, je m'installe en boule derrière l'élève et sa maîtresse, et je fais semblant de dormir. En réalité, je dresse une oreille très attentive à tout ce qui se dit et, dès que je suis seul à la maison, je révise assidûment, et je fais les exercices de la petite. C'est ainsi que je progresse presque aussi vite qu'elle.
Quant à posséder le langage, rien de plus banal chez les chats. Le seul problème, c'est d'arriver à former les mots : j'ai beau faire tous les efforts possibles et imaginables, je n'arrive à exprimer que de ridicules miaulements. Finalement je suis comme Junior2 : le langage est coincé dans sa tête et ne peut franchir l'enclos de ses dents.
C'est donc pour moi un soulagement immense de pouvoir m'exprimer par écrit. Sans doute que ce le sera aussi, un jour, pour Junior2.

Une journée chez nous.

05/11/2010 09:53 par vieux-matou

C'est Madame qui se lève en premier. En quelques minutes elle s'habille, prépare la table du petit-déjeuner, et là arrive le moment le plus important de la journée : elle me sert mes croquettes.
Je ne sais pas bien ce qu'elle fait après car en général je suis à partir de cet instant entièrement concentré sur ma gamelle ; mais lorsque, le ventre plein, je viens ronronner près d'elle et me frotter à ses jambes, junior 1, 2 et 3 sont levés et sont tous à table. Junior2 est déjà habillée, car c'est elle qui part la première, avant le lever du jour (elle a une heure et demie de trajet pour arriver à son institution).
Ensuite, Junior1 s'en va, avec Monsieur qui l'accompagne au collège avant d'aller travailler. Madame reste encore une petite heure à la maison avec Junior3 : matinal, il est prêt en même temps que les autres, et comme il ne sait ni jouer, ni s'occuper, il fait passer le temps en sautillant et en criant. Enfin, son taxi arrive. Junior3 n'est pas dans la même institution que Junior2 ; son institution à lui est plus près, mais elle n'est pas spécialisée dans l'autisme. Junior3 attend depuis trois ans une place dans l'institution de sa soeur.
Dès que Junior3 est parti, Madame part travailler et la maison est à moi !! Quel calme soudain... Le gant de ménage, doudou de Junior3, gît sans vie là où il l'a laissé ; la pile méticuleuse des Mimi Cracra, obsession de Junior2, redevient une pile de livres comme les autres ; elle n'est plus couvée par les yeux inquiets de son admiratrice. Junior1 et Monsieur ont laissé en cours une partie d'échecs ; ils la reprendront ce soir. Malheur à moi si je m'amuse avec un pion comme avec une souris ! J'ai essayé une fois, on ne m'y reprendra plus. Les échecs, c'est une chose à laquelle on ne touche pas, dans la famille.
Le livre de Madame dort, abandonné sur une table... Il ne reprendra vie qu'à son retour, pour le déjeuner : Madame ne travaille qu'à mi-temps. Mais l'après-midi, je suis assez tranquille aussi, car en général elle est en train soit de travailler dans le bureau, soit de courir entre les différents médecins de ses enfants.
C'est à partir de 16h30 que tout le monde rentre à la maison. Madame arrive en premier, essoufflée, juste à temps pour recevoir Junior3, à qui elle donne un goûter (et elle me sert, en même temps, une écuelle de lait). Je suis souvent en train de me lécher les babines, pensivement assis devant la fenêtre, quand arrivent, presque en même temps, Junior1 et Junior2. Après s'être rassasiés eux aussi, Junior1 file dans sa chambre faire son travail, et Junior2 gémit parce qu'elle n'arrive pas à dire ce qu'elle veut à sa mère ; mais que souhaite-t-elle faire ? Madame s'énerve, lui demande si elle doit lui installer l'ordinateur, lui mettre de la musique, lui raconter une histoire... Rien de tout cela ne semble satisfaire Junior2, qui s'exaspère de frustration, puis pleure, sous les commentaires incessants de Junior3. La tension monte, Madame enferme sa fille dans sa chambre et claque la porte, se ronge les sangs après en culpabilisant, pendant que Junior3 lui raconte pour la millième fois de la journée que les cactus piquent et que l'horloge montre l'heure.
Enfin arrive le branle-bas de combat du dîner des enfants, puis de leur bain (c'est à peu près à cette heure-là que Monsieur rentre à la maison) ; les deux plus jeunes se couchent aussitôt après, pendant que je suis mis dehors pour la nuit. Madame ferme toujours les volets de Junior1 une heure après, et par la fenêtre je le vois, en attendant, jouer aux échecs avec son père, lire un livre ou regarder la télévision, dans le calme de la maison enfin retrouvé.
Puis tous les volets se ferment, et je ne sais plus ce qui se passe dans la famille jusqu'au lendemain matin !

Présentation.

04/11/2010 16:51 par vieux-matou

Bonjour,
Je ne suis pas très doué pour écrire... Je n'ai pas vraiment l'habitude. Je ne sais pas bien par où commencer.
En plus personne ne m'a expliqué comment fonctionnait un blog.
Mais je vais me lancer quand même.
Voilà... Je m'appelle Alphonse, j'ai quatorze ans et je suis un chat de gouttière pure race. J'ai un beau poil épais et roux et, depuis quelques années, un certain embonpoint : il faut dire que je ne suis plus tout jeune !
J'ai cinq  êtres humains de compagnie : Madame, Monsieur, Junior1, Junior2 et Junior3. Ils sont plutôt bruyants mais je les ai bien dressés, et ils pensent assez régulièrement à me donner mes croquettes et à me caresser. Ma foi, je me suis pris d'affection pour eux (même Junior2 et Junior3, qui sont handicapés... "autistes" disent Madame et Monsieur).
Je compte raconter ici mes petites aventures au sein de cette famille un peu particulière...
Mais je bavarde, je bavarde, et maintenant, comment fait-on pour s'arrêter ?
Par mes moustaches, il faudra vraiment que je prenne des leçons d'écriture !